Il est temps d'inclure les évènements climatiques extrêmes dans la culture de prévention
Les évènements climatiques extrêmes ne sont plus des phénomènes exceptionnels. Canicules, inondations, tempêtes, sécheresses ou encore épisodes de pollution font partie depuis des années du quotidien possible des agents publics. Face à cette réalité, nous ne pouvons plus nous contenter de réagir : nous devons dès maintenant faire évoluer la culture de prévention pour y intégrer des mesures immédiates et durables face aux conséquences du changement climatique.
1. Les impacts sont déjà là !
Les personnes âgées, les personnes en situation de handicap, les jeunes enfants ou encore les personnes atteintes de maladies chroniques figurent parmi les publics les plus vulnérables aux phénomènes climatiques extrêmes. Les services publics se retrouvent ainsi en première ligne pour répondre à leurs besoins et assurer la continuité de l'accompagnement. Pourtant, de nombreux établissements ne sont pas adaptés à ces nouvelles réalités : lors des épisodes caniculaires de 2026, la majorité des EHPAD ne disposait pas d'équipements suffisants pour faire face aux fortes chaleurs, 850 000 collégiens ont dû composer lors des examens dans des locaux surchauffés et, dans certains établissements hospitaliers, les températures dépassaient régulièrement les 30 °C dans les chambres.
Ces difficultés concernent également les agents eux-mêmes. Les vagues de chaleur, de plus en plus fréquentes et intenses, exposent les agents à des risques accrus de fatigue, de déshydratation, de troubles de la santé, voire de malaises graves. Les personnels exerçant en extérieur (comme les agents communaux chargés de l’entretien des espaces verts) sont particulièrement concernés, mais les nombreux agents travaillant dans des bâtiments mal isolés ou insuffisamment ventilés le sont tout autant. Les agents en contact avec le public constatent par ailleurs que les épisodes de forte chaleur peuvent accentuer les tensions et dégrader les conditions d'accueil.
Les épisodes d'inondation, de tempête ou de sécheresse perturbent également l'accès aux bâtiments, les déplacements domicile-travail et le fonctionnement des équipements publics. Ces évènements ont des conséquences directes sur la santé et la sécurité des personnes, mais aussi sur la qualité du service rendu aux citoyens. Les infrastructures elles-mêmes sont fragilisées : bâtiments situés en zone inondable, menacés par la montée des eaux ou touchés par le phénomène de retrait-gonflement des argiles.
Dans l’Hexagone comme en outre-mer, les agents les plus précaires sont souvent davantage exposés aux risques en raison de logements mal isolés, de conditions de transport plus difficiles ou d'une moindre capacité à s'adapter aux aléas climatiques. Comme pour les usagers les plus fragiles, les crises climatiques renforcent souvent des vulnérabilités déjà existantes et aggravent les inégalités sociales et territoriales.
C’est également le cas des femmes qui sont plus exposées aux décès que les hommes en cas de fortes chaleurs. Elles sont également davantage touchées en raison d'une prévalence plus importante plus importante de certaines maladies chroniques ou liées au cycle hormonal pouvant aggraver les risques sanitaires (endométriose, fibromyalgie). Elles assument également, encore aujourd'hui, une part majoritaire des responsabilités de soin et d'accompagnement des personnes vulnérables – enfants, personnes âgées ou en situation de handicap. Les épisodes climatiques extrêmes renforcent donc les contraintes qu'elles subissent, tant dans leur vie professionnelle que personnelle.
Dans ce contexte, l'adaptation ne peut plus être pensée dans l'urgence. Lorsqu'elle est tardive, elle est souvent plus coûteuse, tant financièrement qu'humainement, et s'avère moins efficace sur le long terme. De plus, nous constatons de plus en plus de crises en cascade : à une sécheresse s’ajoutent des incendies, à une inondation des problèmes de salubrité, etc.
2. La fonction publique ne peut pas ne pas s’adapter
La fonction publique a tout son rôle à jouer dans la transition écologique. Dans l’atténuation d’abord avec la baisse de ses émissions de gaz à effet de serre (qui représentent chaque année l'équivalent des émissions du transport aérien domestique) et la gestion plus sobre de ses commandes publiques. Dans l’exemplarité ensuite par les processus, les gestes et les pratiques qui s’installent dans le quotidien des usages (comme le tri des déchets par exemple). Enfin, la fonction publique est indispensable pour garantir la continuité de la société face aux crises. Si son rôle dans les domaines régaliens ou de la santé est souvent mis en avant, la justice sociale repose sur des mécanismes structurellement portés par les services publics et ses agents. Or les événements climatiques extrêmes aggravent les inégalités : les populations les plus fragiles sont les premières touchées.
En situation de crise, les agents assurent la continuité des missions essentielles, mais peuvent aussi être davantage sollicités (qualitativement et quantitativement) en cas d’évènements climatiques extrêmes. Avec des conditions de travail qui sont déjà dégradées dans de nombreux services, demander plus aux agents c’est fragiliser leur continuité de ces services. Il est illusoire d'envisager des services publics capables de faire face aux crises climatiques sans garantir leur possibilité d’action. Cela passe par un travail vecteur de bien-être, de santé, d’inclusion, de sens et de reconnaissance.
Or, nous l’avons constaté pendant la pandémie de COVID-19 : nous sommes capables d’adapter nos pratiques, mais elles nécessitent une gestion RH plus souple et une reconnaissance du professionnalisme des agents dans la recherche de solutions pour faire tenir des services et des administrations. Il nous faut en tirer des leçons et globaliser ces expériences : c’est ce que porte la CFDT dans « Le travail que nous voulons ». Plus globalement, ce sont toutes les composantes du travail qu’il faut réinterroger : l'adaptation du travail, l’aménagement des horaires et des postes, l’optimisation des déplacements, l’accès au télétravail, la prise en compte de la santé de tous les agents, la formation, le choix des activités de l’action sociale, etc.
Prendre en compte les risques climatiques dans les politiques de prévention permet d'anticiper les difficultés, de réduire les risques sur la santé et de préserver les capacités d'intervention des équipes. Les phénomènes climatiques extrêmes doivent être considérés comme des risques professionnels à part entière et être intégrés dans les démarches d'évaluation et de prévention.
3. Comment inclure les évènements climatiques extrêmes dans la culture de prévention ?
L’État avait donné des signaux forts depuis 2022 avec le dispositif Services Publics Écoresponsables, puis avec le plan de transformation écologique de l’État présenté par Gabriel Attal en 2024. Des travaux qui ont, semble-t-il, été suspendus. Depuis deux ans, et ce malgré nos demandes répétées, nous n’avons obtenu aucune garantie de dialogue social sur ce sujet avec nos interlocuteurs. La CFDT le réaffirme : nous demandons la mise en place d’un groupe de travail inter-versants pour négocier une transition écologique juste dans la fonction publique.
Si la mise en place du décret chaleur et l’inscription possible de la gestion des évènements climatiques extrêmes pourrait avoir une occurrence dans le futur plan santé au travail sont des avancées, elles ne pourront être efficaces sans l’appropriation du sujet dans les instances de dialogue social. C’est pourquoi la CFDT demande que ce sujet fasse partie intégrante des négociations dans les comités sociaux (CSA, CSE, CST) et les formations spécialisées lorsqu’il y en a.
Développer une culture de prévention primaire suppose que chacun soit en mesure d'identifier les risques et d'adopter les bons réflexes. Les agents, les encadrants et les représentants du personnel doivent être sensibilisés aux conséquences du changement climatique sur la santé et les conditions de travail. Il est donc nécessaire de former tous les agents, y compris par des modules dédiés en formation initiale et continue.
L’intégration des risques climatiques extrêmes est indispensable dans la mise à jour du Document unique d’évaluation des risques professionnels (Duerp) ; et sa déclinaison par le plan de prévention ou le Programme annuel de prévention des risques professionnels et d'amélioration des conditions de travail (Papripact). La CFDT demande aussi que les administrations qui ne font pas la mise à jour ou le font en-dehors du cadre du dialogue social soient pénalisées financièrement.
Enfin, la CFDT demande des espaces de dialogue de proximité, professionnels et interprofessionnels là où plusieurs typologies de travailleurs travaillent dans un même lieu (donc y compris les travailleurs du privé comme les prestataires extérieurs) pour pouvoir mettre en place les solutions les plus adaptées. Avoir des possibilités d’adaptation locales c’est éviter de possibles mal-adaptations.
Ce que revendique la CFDT, c’est développer une culture d’anticipation de ces risques pour en inclure le prisme dans toutes les décisions, et pas seulement en période de crise. Cette démarche contribue également à renforcer l'attractivité des employeurs publics, en rattrapant le retard sur ce qui est déjà mis en place dans le secteur privé.