La situation salariale des agents publics s’aggrave
Réunis en conférence de presse intersyndicale le 3 juin, les huit organisations représentatives de la fonction publique ont dénoncé une situation sociale qui se dégrade fortement pour les agentes et agents publics. Face au silence du gouvernement et à l’absence de toute réponse à leur demande d’audience, elles alertent sur les effets du gel du point d’indice, le décrochage des rémunérations face au SMIC et l’affaiblissement inédit du principe de carrière, appelant à l’ouverture urgente d’un dialogue salarial à la hauteur des enjeux.
Déclaration intersyndicale
Mesdames et Messieurs,
Merci d’avoir répondu favorablement à notre invitation pour cette conférence de presse.
Si nous sommes réunis aujourd’hui, c’est d’abord pour constater un silence. Un silence qui en dit long.
Depuis l’envoi de notre courrier unitaire au Premier ministre le 19 mai, soit depuis 15 jrs, les huit organisations syndicales représentatives de la fonction publique n’ont reçu ni réponse, ni proposition de rendez-vous. Dans un contexte de tension salariale majeure, cette absence de dialogue est un signal politique fort : celui d’un refus, à ce stade, de traiter sérieusement la question des rémunérations des agentes et des agents publics.
Pendant ce temps, la réalité sociale, elle, ne s’arrête pas. Elle s’aggrave. L’inflation repart, tirée notamment par la hausse des prix de l’énergie, et atteint 2,2 % sur un an au mois d’avril. Cette dynamique entraîne mécaniquement une revalorisation du SMIC, qui augmente de 2,41 %.
Mais dans la fonction publique, le point d’indice reste gelé, pour la troisième année consécutive à 4,92€.
Ce décalage produit aujourd’hui des effets massifs et profondément préoccupants. Déjà, au 1er janvier 2026, 356 000 agentes et agents publics étaient rémunérés en dessous du SMIC indiciaire et dépendaient d’une indemnité différentielle pour atteindre le minimum légal. Depuis le 1er juin, ils sont près de 862 000.
Derrière ces chiffres, c’est un basculement historique qui est à l’œuvre.
C’est la logique même de carrière dans la fonction publique qui est fragilisée, voire remise en cause. Dans les catégories C et B, des années d’ancienneté, des promotions, des réussites aux concours ne se traduisent plus par de réels gains de rémunération.
Pour matérialiser cette réalité :
Pour la catégorie C, la situation est particulièrement préoccupante : dans le premier grade, 10 échelons sur 11 sont en dessous du SMIC, ce qui représente jusqu’à 19 ans sans progression de rémunération indiciaire.
Dans le deuxième grade, ce sont 7 échelons sur 12 qui sont concernés, soit environ 8 années sans évolution salariale. Enfin, dans le troisième grade, les 3 premiers échelons sur 10 placent les agentes et agents dans une situation similaire pendant près de 4 ans.
La catégorie B est également touchée par ce phénomène de “rattrapage” par le SMIC, ce qui interroge directement la reconnaissance des qualifications. En B1, 5 échelons sur 13 se situent sous le SMIC, entraînant jusqu’à 6 années sans progression de rémunération. En B2, la situation reste préoccupante avec 2 échelons sur 12 également concernés.
Enfin, pour la catégorie A, l’écart avec le SMIC est désormais réduit à seulement 15 points d’indice, soit environ 74 € bruts. Dans le même temps, les élèves fonctionnaires se retrouvent déjà rémunérés en dessous du SMIC, et certains corps atypiques de catégorie A passent également sous ce seuil.
Ce que nous constatons aujourd’hui, c’est une forme de banalisation du SMIC dans la fonction publique, avec un affaiblissement du principe de carrière.
Les propres projections de la DGAFP sont alarmantes : à horizon 2028‑2029, la catégorie A démarrerait elle aussi au niveau du SMIC si rien n’est fait. Autrement dit, à moyen terme, l’ensemble des grilles d’entrée de carrière – C, B et A – seraient rattrapées par le minimum interprofessionnel. Cela reviendrait à effacer la fonction publique de carrière, au profit d’agents publics qualifiés payés au Smic auquel s’ajoute des primes.
Pour nos huit organisations syndicales, cette situation n’est pas une fatalité technique. C’est le résultat de choix politiques : celui de ne pas revaloriser le point d’indice et de ne pas engager de réflexion d’ensemble sur les grilles de rémunération.
Les conséquences sont connues : perte de pouvoir d’achat, départs anticipés, perte d’attractivité, difficultés de recrutement, fragilisation des parcours professionnels – et, au final, affaiblissement du service public lui-même.
Face à cette situation, nos organisations portent des revendications claires, responsables et argumentées :
Des mesures salariales générales : une revalorisation significative de la valeur du point d’indice est urgente et nécessaire ;
Le rétablissement du versement de la garantie individuelle de pouvoir d’achat ;
Le maintien à 100 % des rémunérations versées aux agent·es qui sont en congé maladie ordinaire et l’abrogation du jour de carence ;
Des mesures de revalorisation et la refonte des grilles indiciaires permettant, dans chaque catégorie, une véritable progression de carrière et la sortie des débuts de carrière du niveau du Smic de même que la revalorisation des métiers à prédominance féminine ;
L’égalité salariale et professionnelle entre les femmes et les hommes ;
Des garanties sur la mise en œuvre effective de la directive européenne sur la transparence salariale, accompagnée de moyens pour des politiques d’égalité ;
Nous sommes prêtes à discuter, à négocier, à construire des solutions.
Mais encore faut-il un interlocuteur.
C’est pourquoi nous demandons aujourd’hui publiquement l’ouverture immédiate d’une véritable négociation salariale dans la fonction publique, à la hauteur des enjeux.
Dans un pays où la crise du pouvoir d’achat reste au cœur des préoccupations, où les services publics tiennent souvent par le dévouement de leurs agentes et de leurs agents, ce refus de dialogue est incompréhensible et inacceptable.
Nous l’affirmons avec force : on ne peut pas laisser une situation où, le 1ᵉʳ juin, 862 000 agents publics sont maintenus au niveau du SMIC par une indemnité différentielle, pendant que le gouvernement explique qu’il n’y aurait rien à discuter sur les salaires. On ne peut pas continuer à paupériser durablement la fonction publique au risque de fragiliser encore plus le service aux citoyens.
Nous portons aujourd’hui, publiquement et avec détermination, les demandes suivantes
L’ouverture immédiate d’une négociation salariale de haut niveau sur le point d’indice et les grilles ;
Un engagement clair du gouvernement à mettre fin à l’affaiblissement du principe de carrière et à redonner du sens aux grilles indiciaires.
À défaut, chacun devra prendre ses responsabilités. Et les agentes et agents publics sauront, le moment venu, faire entendre leur voix.