Fonction publique : les syndicats "décontenancés"

Publié le 19/02/2018

Ouest-France  - extrait - 3 février 2018

Les syndicats ont immédiatement mis en cause la volonté du gouvernement. Jef Lair, secrétaire général CGT Fonction publique en charge du revendicatif, et Mylène Jacquot, secrétaire générale de l’Uffa CFDT Fonction publique, ont accepté de répondre aux questions de Ouest-France.

L’annonce d’un « plan de départ volontaire » a créé la surprise hier. Comment l’avez-vous reçu ?

Jef Lair : Il n’y a eu aucune information en amont. Toute la réforme de la fonction publique s’est faite pour l’instant sans associer aucune organisation syndicale. Mais on savait que l’objectif, c’est la baisse de 3 % des dépenses publiques. Les préconisations ont été établies à l’avance : livrer des services publics au privé ou en abandonner. C’est un drame pour les populations et évidemment pour les agents qui assurent ces services.

Mylène Jacquot : Très clairement, les paroles tenues hier devant la presse ne correspondent pas à ce qui nous a été présenté. On était un peu décontenancés. Nous avons appelé le gouvernement à nous recevoir très rapidement car des clarifications sont indispensables. Et ce serait l’occasion de ramener le dialogue là où il doit se dérouler.

La fonction publique est-elle trop « rigide » comme le soutient le gouvernement ?

Jef Lair : Oui, c’est rigide du point de vue du gouvernement. Mais pas de notre point de vue, ni de celui des populations ! Évidemment quand les agents défendent l’intérêt général et que ça n’est pas l’intérêt du gouvernement, on dit que c’est rigide. Mais c’est rigide quand les agents des Ehpad demandent des moyens et dénoncent l’indignité faite à nos anciens ?

Mylène Jacquot : C’est quand même des lieux communs… On parle de la fonction publique comme de quelque chose de complètement désincarné alors que ce sont cinq millions de personnes ! Et elles ont des propositions à faire. On est les premiers à souffrir des dysfonctionnements des services. Mais si on écoute les agents, il y a des vraies propositions de simplification et d’amélioration des services. Il faut arrêter de penser que les fonctionnaires sont obsédés par des privilèges qui n’existent plus.
 

Les mesures annoncées hier vont-elles dans le sens d’une administration plus souple, qui accompagne le citoyen, comme le souhaite le gouvernement ?

Jef Lair : L’ambition du gouvernement, elle est surtout de réduire la dépense publique et de privatiser certains services. Vous pouvez imaginer les crèches livrées au privé, par exemple. Ça n’est pas l’intérêt général. Ça n’est pas l’intérêt d’une population qui d’une part augmente avec la démographie, et d’autre part s’avère de plus en plus fragile du fait même de la politique du gouvernement.

Mylène Jacquot : Le dossier qui nous a été fourni parle d’accompagnement renforcé des agents pour faire face aux évolutions techniques et aux nouvelles attentes des usagers. Et il faut effectivement mettre en œuvre des mesures en matière de formation et de mobilité. Mais là, sur la question des départs volontaires, il y a un vrai écart entre ce qui est validé par le gouvernement et ce que dit M. Darmanin. Cela pose de nombreuses questions sur le volontariat réel, l’accompagnement, la possibilité de négocier une indemnité de départ, le droit au chômage, etc.

Beaucoup d’agents pourraient être intéressés par le plan de départs volontaires ?

Jef Lair : Dans les années 2000, sous Sarkozy, très peu d’agents s’étaient saisis d’un dispositif similaire. Mais dix ans plus tard, les conditions de travail se sont aggravées. Des postes ont été supprimés. On n’est plus là pour satisfaire les besoins des usagers mais pour faire de la gestion comptable. C’est insupportable, et il y a de plus en plus d’agents à bout. Peut-être que parmi ces agents-là, il y en a qui vont prendre ce plan comme une échappatoire.

Mylène Jacquot : Le sujet, c’est l’accompagnement qu’on propose aux fonctionnaires qui souhaitent partir. De plus en plus d’agents n’ont pas envie de travailler toute leur vie auprès du même employeur. Notre rôle, c’est d’entendre ces aspirations mais aussi de poser les alertes quand il faut. Et là, il y a des alertes à poser. Les dispositifs existants ne sont pas satisfaisants. Nous avions compris qu’il s’agissait de les améliorer, et de ça, nous sommes prêts à discuter.

Le gouvernement souhaite développer le recours aux contractuels. C’est la fin du statut de fonctionnaire ?

Jef Lair : Ce sera une coquille vide. Renforcer la présence d’agents contractuels, c’est inféoder la fonction publique. Le statut, c’est ce qui nous donne notre indépendance, le sens de la mission, l’égalité, la responsabilité. Et il y a la question de l’évaluation des agents et de la rémunération au mérite. C’est la loyauté qui va être primée maintenant, plus la compétence.

Mylène Jacquot : Il faut voir comment ça se fait. Il y a près de 20 % d’agents contractuels dans la fonction publique. On n’est pas loin du million d’agents contractualisés et le statut n’a pas été remis en cause. Mais la question, c’est de veiller à ce qu’il n’y ait pas de substitution de l’un à l’autre, car le statut à son intérêt. Il permet d’assurer de mieux assurer certaines missions publiques et d’apporter des garanties apportées aux usagers.